La cause des peuples

publié le 13 juin 2011 à 23:46 par Arnaud Douezy   [ mis à jour le·14 juin 2011 à 05:27 par Utilisateur inconnu ]

Le "printemps arabe" fait régulièrement la une de la presse française. L'opinion publique s'émeut, le gouvernement a réagi. La France a pris parti : pour les peuples et pour la liberté.

La révolte a commencé en novembre 2010. Un jeune Tunisien, Mohamed Bouazizi, s'immole par le feu, le 17 décembre. Des milliers de jeunes manifestent. Le mouvement s'étend, se renforce et déstabilise le monde arabe.

"Un immense mur de Berlin qui tombe" (entretien AFP, 24 mai 2011) : Tahar Ben Jelloun, écrivain marocain d'expression française, témoigne et dit son espoir. La révolution entraîne la chute de  dictateurs en place depuis trente ans et plus, Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Égypte. Et malgré les répressions sanglantes, la révolte gagne du terrain : Lybie, Syrie… Algérie, Maroc, Yémen également touchés.

Depuis la Révolution, c'est une constante dans notre histoire.

"Nous avons le droit de dire aux peuples : vous n'aurez plus de rois."
Georges Jacques Danton, Convention, 28 septembre 1792.

Belle phrase, et superbe idée révolutionnaire. L'orateur précise : "La Convention doit être un comité d'insurrection générale contre tous les rois de l'univers". Rien qu'en Europe, voilà beaucoup d'ennemis en puissance.

La guerre de défense de la jeune République va se transformer en guerre d'idéologie et bientôt de conquête. D'où la riposte des rois et empereurs voisins, coalisés contre la France. Voir citation 422.

"La Convention nationale déclare au nom de la nation française qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté."
Convention, Décret du 19 novembre 1792.

Dans la logique du discours de Danton, cette promesse solennelle va lancer la France dans une suite de guerres. Les historiens se demandent toujours pourquoi : annexion au nom de la théorie des frontières naturelles, création d'un glacis de républiques sœurs, ou véritable croisade pour la liberté ? Voir citation 425.

"Peuples de l'Italie, l'armée française vient rompre vos chaînes ; le peuple français est l'ami de tous les peuples (...) et nous n'en voulons qu'aux tyrans qui vous asservissent."
Napoléon Bonaparte, Proclamation à l'armée d'Italie, 26 avril 1796.

C'est encore le langage des Révolutionnaires appelant les peuples voisins à l'indépendance et à la liberté. C'est aussi le nouveau héros qui fascine par son génie et sa jeunesse, se donnant pour mission d'être le bienfaiteur de l'humanité. Voir citation 511.

Les guerres de Napoléon Ier se termineront par un désastre.

Napoléon III, souvent décrié, va intégrer habilement le principe des nationalités à sa politique étrangère. Venger la honte des traités de 1815, cela implique une révision des frontières européennes, et l'évocation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes fournit une justification morale à son action.

"La France, sans froisser les droits de personne, a repris dans le monde la place qui lui convenait."
Comte Walewski, ministre des Affaires étrangères, présidant le Congrès de la Paix à Paris, 25 février 1856.

En même temps, les provinces serbes et roumaines gagnent leur autonomie, face à la Turquie : victoire personnelle pour Napoléon III, promu défenseur du principe des nationalités. Autre succès : la guerre contre l'Autriche pour libérer l'Italie. Voir citation 708.

Au XXe siècle, nouvelle raison d'intervenir, pour défendre la liberté d'un peuple : 

"Des avions, des canons pour l'Espagne !"
Cris des militants, meeting du Parti Communiste à Luna-Park, 6 septembre 1936.

Le Frente Popular a remporté les élections (comme en France). Mais le général Franco a pris la tête d'un soulèvement nationaliste, aidé par la Phalange (inspirée du fascisme italien). L'Espagne entre dans la guerre civile, Républicains contre Nationalistes. 

Hitler fournit des armes et Mussolini des hommes à Franco. Blum, chef du gouvernement de Front populaire, hésite, crucifié entre Pacifisme et Antifascisme. Il laissera passer des volontaires, avant d'envoyer aux Républicains d'importantes fournitures de matériel. Des avions, des canons… Voir citation 834.

"Les grandes manœuvres sanglantes du monde étaient commencées."
André Malraux, L'Espoir (1937).

Il s'engage aux côtés des Républicains combattant au cri de "Viva la muerte", dans cette guerre qui va durer trois ans et sert de banc d'essai aux armées fascistes et nazies, avant la Seconde guerre mondiale. Malraux fait figure de héros révolutionnaire, dans la dernière "guerre juste" de notre temps : une des raisons de l'"espoir", c'est l'afflux de volontaires de tous pays (40 000 hommes), unis pour une juste cause, dans la fraternité des Brigades internationales. Voir citation 835.

Laissons le mot de la fin à une vision de l'Histoire plus extrême :
"Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde."
Général de Gaulle, Discours du 1er mars 1941 à la "Réunion des Français de Grande-Bretagne". Voir citation 860.

 

 




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